Urgences vitales 144

Le portrait de Jordan Barla

Jordan Barla Jordan Barla pose devant l'entrée principale du futur Centre hospitalier de Rennaz, un fauteuil roulant derrière lui et en main de quoi le régler.

Jordan Barla apparaît un mardi d’été en poussant un fauteuil roulant sur le gravier du chantier de Rennaz. C’est « l’objet » qu’il a choisi pour les photos de son portrait. L’homme grand et mince est ergothérapeute à l’Hôpital Riviera-Chablais depuis septembre 2015 entre le site de la Providence et celui du Samaritain à Vevey. Il a 25 ans. Et il est « référent » pour l’éducation neurologique des victimes d’un AVC (soit un accident vasculaire cérébral ou, plus familièrement, une attaque cérébrale), un domaine qui le passionne et pour lequel il a suivi une formation particulière.  

En prévision des nouvelles prestations hospitalières offertes à la région dès l’ouverture du nouveau bâtiment en 2019, Jordan Barla a intégré le groupe de travail qui se penche sur la création d’une Stroke Unit. Celle-ci est appelée à s’occuper rapidement des patients atteints d’un AVC. L’Unité associe des spécialistes de différents horizons, dont des ergothérapeutes, dans le but de limiter les séquelles permanentes à la suite d’une attaque. « Plus tôt on commence la rééducation, plus on stimulera les patients, plus les chances de récupération seront importantes. »  

La Stroke Unit associera des spécialistes de différents horizons, dont des ergothérapeutes, dans le but de limiter les séquelles permanentes à la suite d’une attaque.

Sans arrêter de parler, Jordan Barla récupère, au fond de son sac à dos, un outil multifonction de poche semblable à un couteau suisse. L’instrument rassemble une série de clés et de tournevis qui permettent d’adapter les fauteuils roulants à la physionomie et aux besoins des patients pris en charge.  

Le long des couloirs encore en devenir du futur Centre hospitalier qu’il faut parcourir dans toute leur étendue pour atteindre l’entrée où aura lieu la séance photographique, Jordan Barla tient à souligner que les ergothérapeutes ne se limitent pas à pousser des fauteuils, « comme certains pourraient le croire ». « Surtout, insiste-t-il, on les règle en fonction de l’utilisateur et de sa pathologie. » La chaise « standard » est ainsi transformée chaque fois sur mesure. Voilà pourquoi le petit outil miracle est si important à ses yeux; car il est emblématique du travail des ergothérapeutes: adapter, arranger, aménager. Cela va de la récupération de l’usage de la main (via la confection d’orthèses, par exemple) à la réhabilitation globale, notamment des personnes en CTR, voire l’organisation de l’environnement domestique des patients une fois rentrés chez eux.

Proches des physiothérapeutes – à l’HRC les deux équipes actives sur tous les sites de l’établissement œuvrent ensemble – les neuf ergothérapeutes, décrit dans un langage imagé Jordan Barla, « sont des bricoleurs, des créatifs. Même s’il existe des protocoles, nous devons inventer une rééducation à la mesure de chaque patient. Concrètement, nous nous greffons sur le profil de la personne afin de trouver les meilleurs exercices. Si quelqu’un aime faire la cuisine, nous allons proposer des activités rééducatives en rapport avec la préparation de bons plats. » Avec l’objectif inébranlable de favoriser le retour à l’autonomie et à l’indépendance d’avant l’accident.

C’est précisément cette nécessaire personnalisation des traitements qui motive quotidiennement Jordan Barla. « Quand une personne est paralysée, c’est gratifiant de contribuer à sa récupération. J’aime chercher et découvrir le chemin propre à chacun vers le retour à la vie normale. » Et cette entreprise n’est possible que grâce à l’engagement collectif des équipes de l’HRC. « D’autant plus, jure-t-il, que l’ambiance est bonne favorisant les échanges interdisciplinaires et les relations entre les soignantes et les soignants. A terme, Jordan Barla souhaite à la fois travailler dans l’urgence de la Stroke Unit et suivre à plus long terme les patients sortis des soins aigus. Quoi qu’il en soit, il se réjouit de participer à la naissance d’un nouvel hôpital où beaucoup est à façonner de A à Z.

D’ailleurs, comment ce Marseillais a-t-il débarqué à l’HRC et dans le Chablais? Après une tentative en médecine, Jordan Barla a achevé une formation d’ergothérapeute dans sa ville. En quête d’un stage de dernière année en Suisse, il en a décroché un à Mottex, de mars à avril 2015. Quelques mois plus tard, on lui a proposé de revenir pour un poste fixe. Depuis, il vit à la résidence de la Providence à Vevey sans perdre de vue cependant les exploits footballistiques de l’Olympique de Marseille. Supporter-né et invétéré, « je suis tombé dedans petit comme Obélix dans le chaudron de potion magique », il est abonné au virage Nord du stade Vélodrome qu’il fréquente le plus souvent possible, confie-t-il en trahissant un plaisir évident, avec ses « Amis de l’OM ».

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